Les innovations dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont radicalement changé notre monde en rendant les connaissances plus accessibles au niveau mondial. Autrefois centralisée, l’autorité informationnelle cette capacité à définir ce qui est « vrai » ou « crédible » traverse aujourd’hui une crise profonde qui redessine les contours du pouvoir.
L’État : du contrôle à la régulation
Pendant longtemps, l’État a été le garant principal de l’ordre informationnel. Aujourd’hui, son rôle évolue vers celui de régulateur de l’espace numérique pour protéger les droits fondamentaux. Les États ont l’obligation positive de protéger la vie privée des individus contre les ingérences de tiers. À travers des cadres comme la Loi sur les services numériques (DSA – Digital Services Act) adoptée par l’UE et entrée en vigueur fin 2023, les autorités cherchent désormais à lutter contre la désinformation et les contenus préjudiciables qui sapent les fondements de la démocratie et qui érodent la confiance des citoyens autour des institutions et des dirigeants. Au Cameroun quelques cadres normatifs méritent ici d’etre présenter :
- Cybersécurité et cybercriminalité (Loi N° 2010/012 du 21 décembre 2010) : définit les infractions liées aux réseaux de communication électronique
- Protection des données personnelles (réforme 2025) : nouvelle réglementation sur le traitement des données et la souveraineté numérique.
A cela s’ajoute l’ANTIC (l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la Communication) qui est l’organisme clé pour la régulation de la cybersécurité et de la confiance numérique, l’État tente ainsi de maintenir une forme d’autorité en imposant des règles de transparence aux géants du Web. En l’absence de dialogue et de mesures pragmatique, cela aboutit de fois dans les Etats au blocage ou à la fermeture des réseaux sociaux ou la limitation des services de certains géants de la tech sur le territoire entrainant parfois ce sentiment contrôle fermé par l’Etat.
Les médias traditionnels : un monopole contesté
Le rôle de « gardien public » (watchdog) était traditionnellement rempli par les journalistes et les médias classiques. Ces acteurs influencent toujours les comportements économiques et l’analyse politique au niveau local et mondial. La reprise des titres des « Grands journaux » ou la revue des presses sur les télévisions et meme sur les réseaux sociaux en témoignent encore de leur sphère d’influence et d’importance. Cependant, ils font face à une méfiance accrue de la part du public, souvent alimentée par la pollution de l’information et la difficulté à distinguer le fait de la spéculation. Bien que leur liberté de critiquer les institutions reste une caractéristique essentielle d’une société démocratique, ils ne sont plus les seuls maîtres du récit. D’où l’expression de la polarisation de l’espace public informationnel aujourd’hui. Cette polarisation n’est pas sans conséquence sur la vie démocratique en général et le rapport citoyen en particulier.
Influencueurs et blogueurs : les nouveaux « gardiens »
L’essor des réseaux sociaux a transformé des citoyens lambda en producteurs de contenu, élargissant l’influence des médias non institutionnels. Aujourd’hui, les blogueurs et les utilisateurs influents des réseaux sociaux assument de plus en plus une fonction similaire à celle des journalistes dans le débat public. En raison de l’accès élargi à l’information sur Internet, ces acteurs bénéficient d’une protection forte au titre de la liberté d’expression, car ils participent activement à la diffusion des idées à grande échelle. Néanmoins, l’engagement lié à la diffusion n’est pas autant contraignant pour ces derniers que pour les médias traditionnels ou classique entrainant de cette lecture un laisser-aller quant à la vérification des faits et la crédibilité des informations ainsi diffusées.
Experts informels et citoyens : l’autorité horizontale
La technologie a permis d’amplifier des voix autrefois sous-représentées, offrant une plateforme pour partager des perspectives diverses. On assiste à une forme de participation électronique (e-participation) où les citoyens interagissent directement avec les institutions et proposent leurs propres analyses. Ce passage à une autorité plus horizontale permet de demander des comptes aux responsables et de mobiliser les communautés en temps réel. Cependant, cette démocratisation s’accompagne de risques : le volume massif de contenu numérique rend difficile la distinction entre une expertise réelle et une information non crédible.
Un autre facteur que nous considérons essentiel, à ne pas négliger dans la recomposition du pouvoir ces sont : les intermédiaires et les algorithmes
Cette multiplication des sources d’autorité participe à une recomposition majeure du pouvoir. Le contrôle ne réside plus seulement dans la production de l’information, mais dans sa distribution. Les « intermédiaires Internet » (plateformes) occupent désormais une position dominante en contrôlant les modes de communication publique.
Le pouvoir se déplace vers le traitement algorithmique : ce sont les algorithmes et l’intelligence artificielle qui décident aujourd’hui de la visibilité d’une information, influençant ainsi nos choix et nos perceptions. Les « bulles de filtrage » créées par ces outils peuvent renforcer les préjugés et limiter l’exposition à des points de vue diversifiés, créant de nouveaux défis pour la citoyenneté démocratique.
Face à cette complexité, l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) devient une compétence fondamentale. Elle est le seul rempart permettant aux citoyens de naviguer de manière consciente et responsable dans un monde où l’autorité est désormais fragmentée et souvent invisible.
Par KASSI Roland pour AfricTivistes CitizenLab Cameroun

