On nous a souvent appris à reconnaître la réussite à des signes visibles : un bon diplôme, un emploi prestigieux, une voiture, une maison, un voyage à l’étranger ou encore un compte bien rempli. Pour beaucoup de jeunes Africains, le modèle est devenu encore plus exigeant : réussir vite, partir loin, gagner beaucoup et surtout le montrer. Mais qui a réellement décidé que c’était cela, réussir ?
Dans une Afrique où l’emploi reste une préoccupation majeure de la jeunesse, cette question n’est pas simplement philosophique. Elle est profondément matérielle. En Afrique de l’Ouest et du Centre, plus de 80 % des emplois sont informels, tandis que les aspirations des jeunes se heurtent à un marché du travail qui ne peut pas toujours les absorber.
Alors oui, rêve grand. Rêve de créer une entreprise. Rêve de devenir ministre, ingénieur, artiste, chercheur, agriculteur moderne, diplomate ou entrepreneur. Rêve même de partir à l’étranger si c’est ton projet. Mais ne transforme pas le rêve des autres en mesure de ta propre valeur.
Il faut aussi apprendre à distinguer l’ambition de l’illusion. Tu peux travailler pendant trois ans et ne pas encore avoir la maison que tu voulais. Tu peux lancer une entreprise et échouer. Tu peux posséder un diplôme et connaître le chômage. Tu peux être brillant et manquer d’opportunités. Ce n’est pas nécessairement un échec personnel.
Le contexte compte. Au Cameroun, les 18-35 ans représentent 57 % de la population active, alors que beaucoup rencontrent encore des difficultés d’accès à l’emploi. À l’échelle africaine, le défi est immense : la Banque mondiale estime que plus de 600 millions de personnes supplémentaires rejoindront la population en âge de travailler en Afrique subsaharienne d’ici 2050.
Il faut donc rêver avec ambition, mais construire avec lucidité.
Ne méprise pas le petit commencement. Un revenu modeste mais stable peut être une étape. Une petite entreprise qui survit peut être une victoire. Une compétence acquise aujourd’hui peut devenir ton avantage demain. Aider sa famille, créer deux emplois, nourrir correctement ses enfants, rester digne et construire progressivement son indépendance : ce sont aussi des formes de réussite.
Le danger est de comparer ton chapitre 2 au chapitre 20 de quelqu’un d’autre. Les réseaux sociaux ne montrent presque jamais les dettes, les échecs, les années de solitude, les soutiens familiaux ou les opportunités invisibles qui se cachent derrière une réussite spectaculaire.
Alors, jeunesse africaine, ne réduis pas ton ambition. Mais ne laisse personne te convaincre que tu as échoué simplement parce que tu n’es pas encore devenu ce qu’Instagram prétend qu’un homme ou une femme de ton âge devrait être.
Rêve grand. Travaille sérieusement. Observe ton époque. Adapte ton chemin. Et surtout, construis une définition de la réussite qui survivra aux applaudissements des autres.
Parce qu’une vie réussie n’est pas celle qui impressionne le plus de monde. C’est celle dont tu peux encore être fier lorsque les applaudissements se sont arrêtés.

