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Consultation citoyenne en ligne sur les droits de l’homme et des peuples : quelle place pour la voix des Camerounais ?

• Publié le 23 septembre 2026

Au Cameroun, les débats sur les droits de l’homme sont souvent associés aux institutions, aux organisations de la société civile, aux avocats, aux journalistes ou aux défenseurs des droits humains. Pourtant, une source essentielle de connaissance demeure souvent moins structurée : l’expérience quotidienne des citoyens eux-mêmes.

Que se passe-t-il lorsqu’un citoyen rencontre une difficulté d’accès à l’information publique ? Lorsqu’une personne estime que sa liberté d’expression est restreinte ? Lorsqu’une communauté rencontre des difficultés pour accéder à la justice, aux services publics ou à un recours effectif ? Comment ces expériences peuvent-elles être documentées et transformées en recommandations utiles aux institutions ?

C’est précisément l’un des enjeux auxquels répond la Consultation citoyenne panafricaine en ligne portée par AfricTivistes. La plateforme est conçue comme un espace d’expression, d’écoute et de participation permettant aux citoyens africains, aux communautés, aux défenseurs des droits humains, aux organisations de la société civile, aux jeunes et aux femmes de partager leurs préoccupations, leurs expériences, leurs analyses et leurs recommandations.

Du vécu individuel à la documentation collective

Dans le domaine des droits humains, une difficulté importante réside dans la transformation des expériences individuelles en informations exploitables pour le plaidoyer.

Un témoignage isolé peut sembler ponctuel. Plusieurs témoignages présentant des caractéristiques communes peuvent cependant révéler une tendance, une difficulté institutionnelle ou une lacune dans la protection d’un droit.

La consultation citoyenne permet justement de créer cette première passerelle : écouter, documenter, analyser, restituer et porter les recommandations. Le modèle actuel de la plateforme prévoit explicitement cette chaîne entre contribution citoyenne, analyse, restitution et plaidoyer auprès des décideurs et des institutions nationales, régionales et continentales.

Cette approche est importante pour le Cameroun parce que les questions de droits humains ne se limitent pas aux grandes crises nationales. Elles concernent également des réalités quotidiennes : accès à l’information, participation à la vie publique, liberté d’expression, protection des défenseurs, accès à la justice, droits numériques et capacité des citoyens à faire entendre leurs préoccupations.

Le numérique : nouvel espace de participation, mais aussi nouvel espace de risques

Internet a profondément transformé la manière dont les citoyens camerounais peuvent s’informer, témoigner et participer au débat public. Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui de rendre visibles des problèmes qui auraient autrefois eu beaucoup plus de difficultés à atteindre l’espace public.

Mais cet espace numérique comporte également des risques.

AfricTivistes identifie notamment parmi les enjeux contemporains les restrictions d’Internet, la surveillance numérique, les atteintes à la vie privée et aux données personnelles, les violences en ligne, la désinformation et les difficultés d’accès à l’information. Ces questions sont désormais directement liées à l’exercice des droits humains.

Le contexte camerounais rappelle concrètement cette réalité. Dans un communiqué publié le 31 octobre 2025, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a exprimé sa préoccupation concernant les coupures récurrentes d’Internet observées dans la période post-électorale, estimant que la désactivation des moyens de communication entrave notamment la liberté d’expression et l’accès à l’information.

Cela montre pourquoi les droits numériques ne peuvent plus être considérés comme une question secondaire. Lorsque l’accès à Internet, à l’information ou aux moyens de communication est limité, c’est aussi une partie de la capacité citoyenne à participer au débat public qui peut être affectée.

Une consultation n’est pas un simple formulaire

La valeur d’une consultation citoyenne ne dépend pas uniquement du nombre de personnes qui répondent.

Une consultation pertinente doit permettre de savoir qui parle, sur quelle expérience, dans quel contexte et avec quelles recommandations. Elle doit également créer un mécanisme permettant aux contributions d’être analysées et restituées.

La plateforme d’AfricTivistes s’inscrit dans cette logique. Les consultations actuelles couvrent notamment l’espace civique et la protection des défenseurs des droits humains, la liberté d’information et les droits numériques, l’accès à la justice et aux recours, la démocratie et la participation citoyenne, ainsi que l’accessibilité des mécanismes africains de protection des droits humains.

Pour les citoyens camerounais, cela signifie que leurs expériences peuvent être formulées non seulement comme des plaintes, mais aussi comme des données citoyennes, des analyses et des propositions de changement.

Pourquoi la participation camerounaise compte

La participation à une consultation de cette nature ne signifie pas que chaque contribution deviendra automatiquement une décision publique ou une procédure devant une institution régionale.

Son intérêt est plutôt de contribuer à rendre visibles les préoccupations citoyennes et à les structurer pour le dialogue, la documentation et le plaidoyer.

La première consultation panafricaine menée dans le cadre du Charter Project Africa avait notamment porté sur les droits humains, la liberté d’expression et l’accès à l’information publique, la séparation des pouvoirs, la démocratie participative et la gouvernance inclusive, le respect des constitutions et la participation des jeunes et des femmes aux institutions politiques. Plus de 60 contributions, cinq webinaires et un rapport ont été recensés par AfricTivistes dans le cadre de cette initiative.

Aujourd’hui, la plateforme évolue vers une consultation plus continue, avec plusieurs thématiques consacrées aux droits humains et à la participation citoyenne.

Pour le Cameroun, cette dynamique pose une question simple mais fondamentale : que savons-nous réellement des problèmes de droits humains vécus par les citoyens si nous ne leur demandons pas directement de les raconter ?

Faire de la parole citoyenne une ressource pour les droits humains

Une démocratie ne se mesure pas uniquement à l’existence d’institutions. Elle se mesure aussi à la possibilité pour les citoyens de faire remonter leurs préoccupations, de demander des comptes, d’accéder à l’information et de participer aux décisions qui les concernent.

La consultation citoyenne en ligne peut contribuer à construire ce lien.

Elle ne remplace ni les tribunaux, ni les institutions nationales des droits humains, ni la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle peut cependant constituer un outil complémentaire de participation, de documentation et de plaidoyer, à condition que les contributions soient recueillies de manière responsable, protégées, analysées et effectivement prises en compte.

Pour les Camerounais, participer à une telle démarche revient donc à faire davantage que donner une opinion. C’est contribuer à documenter une réalité, identifier des obstacles à l’exercice des droits et proposer des pistes d’amélioration.

Parce qu’un droit qui n’est pas connu est difficile à défendre, un problème qui n’est pas documenté est difficile à démontrer, et une voix qui n’est jamais recueillie risque de rester absente des décisions qui la concernent.

La participation citoyenne commence peut-être par une question simple : quels sont, dans notre quotidien au Cameroun, les droits que nous pouvons réellement exercer, ceux qui restent difficiles à exercer et ce que nous devons changer pour que les droits proclamés deviennent des droits vécus ?

Kendjou Taka Gabriel Ludovic
Africtivist Citizen Lab Cameroon