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POURQUOI OBÉISSONS-NOUS, MÊME PERSONNE NE NOUS OBLIGE ?

On croit souvent qu’obéir, c’est parce qu’il y’a un chef, une menace, une punition. C’est l’une des plus grandes énigmes de la condition humaine. Nous respectons certaines interdictions sans aucune sanction ne nous menace. Nous renonçons à des envies par crainte de décevoir, nous nous conformons à des habitudes collectives sans toujours nous demander si elles ont encore du sens. Parfois, nous allons jusqu’à nous interdire de penser, de parler ou d’agir librement, alors même que personne ne nous en empêche réellement.  Entre éducation, peur du jugement, conformisme et conscience morale, l’obéissance est parfois une prison dont nous détenons nous-mêmes la clé.

LA FORCE DE LA SOCIALISATION : L’ÉDUCATION QUI DEVIENT INSTINCT

    Dès la naissance, nous sommes plongés dans un bain où l’obéissance est présentée comme une vertu. À la maison, à l’école, dans notre communauté et au sein de la société, nous découvrons ce qui est permis, ce qui est interdit, ce qui est bien et ce qui est mal.

     Quand on est petit, on dit : ‘’une fille bien ne fait pas ça, on ne parle pas à table, un homme doit être fort’’. À force de l’entendre, la voix de l’extérieur devient ta propre voix intérieure. Tu n’as plus besoin de gendarme, tu es devenu ton propre surveillant. On appelle ça l’intériorisation. La norme n’est plus dehors, elle est logée en toi. Ce que Freud appelait le ‘’Surmoi’’ s’installe : nous n’obéissons plus à un chef extérieur, mais à nous-mêmes.

    LE BESOIN D’APPARTENANCE : LA PEUR D’ETRE EXCLU

    L’être humain a une peur plus grande que la punition : la peur d’être exclu. Obéir, même sans ordre, c’est envoyer un signal : ‘’je suis comme vous, ne me rejetez pas’’.

    • Le conformisme : pour appartenir, il faut adopter les codes. Obéir est le prix du ticket d’entrée.
    • Le policier invisible : il n’y’a pas besoin de sanction légale. Un simple regard désapprobateur, un murmure, un silence gêné suffit à nous remettre dans le rang. Le regard des autres ne nous surveille plus efficacement que n’importe quelle loi.

    Exemple 1 : c’est pour ça qu’on met le même pagne que tout le monde au deuil, même si on n’aime pas. Qu’on se taise quand tout le monde se tait ; on achète la paix sociale au prix de sa liberté.

    Exemple 2 : une jeune fille peut renoncer à un projet parce qu’il ne correspond pas aux attentes de son entourage.

    Exemple 3 : dans le milieu professionnel, un employé peut garder le silence devant une décision contestable par peur de comprendre sa carrière.

    LA LÉGITIMITÉ DE L’AUTORITÉ : QUAND ON ABANDONNE SON LIBRE ARBITRE

    Si je désobéis, je dois assumer. Si j’obéis, si je me trompe, je pourrai dire : ‘’ce n’est pas moi, c’est la règle, c’est le groupe, c’est Dieu ‘’.

    L’obéissance est un abri. Elle nous décharge du poids de la responsabilité. C’est confortable de laisser quelqu’un d’autre penser à notre place. On cesse de se voir comme responsable de ses actes, on devient le simple exécutant d’une autorité que l’on juge légitime- l’État, la science, le médecin, le patron.

    En conclusion, l’autorité ne se manifeste pas uniquement par des ordres. Elle peut survivre dans nos habitudes, nos peurs, nos croyances et notre besoin d’être acceptés, elle peut même devenir une voix intérieure.

    Obéir sans contrainte n’est pas un mal, c’est le fondement du contrat social de Rousseau : nous abandonnons une part de notre liberté pour gagner la sécurité et la prévisibilité de la vie ensemble.  La vraie obéissance, celle qui élève, est celle que tu choisis librement envers ce qui te fait grandir.

    Obéir sans qu’on t’oblige, c’est humain. Choisir à qui tu veux vraiment obéir, c’est devenir libre.

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