LE POUVOIR CHANGE -T-IL NÉCESSAIREMENT CEUX QUI L’EXERCENT ?

On dit souvent : ‘‘Donne le pouvoir à un homme, tu connaîtras son vrai visage’’. Mais, est-ce le pouvoir qui le change, ou est-ce le pouvoir qui révèle ce qu’il était déjà ? La question est au cœur de toute la politique camerounaise et africaine.
OUI, LE POUVOIR À TENDANCE A CHANGER
Le pouvoir isole, il grise, il fait peur de le perdre. La psychologie et l’histoire le prouvent.
Quand tu arrives au pouvoir, on ne te dit plus la vérité. On te dit ce que tu veux entendre. L’entourage filtre, flatte, applaudit. Petit à petit, tu vis dans une bulle. Tu commences à croire que tu es indispensable : c’est l’effet d’isolement.
Ensuite il fait peur de le perdre : c’est le plus dangereux. Pour garder le pouvoir, on est prêt à faire ce qu’on dénonçait avant.
Exemple : Au Cameroun, beaucoup d’opposants radicaux devenus maires ou députés après les municipales de 2020 ont complètement changé de discours sur la gestion des fonds publics. Ce qu’ils appelaient ‘ ‘détournement’’ est devenu ‘ ‘frais de fonctionnement’’. Ce n’est pas qu’ils étaient mauvais au départ, c’est que le système du pouvoir les a rattrapés.
C’est ce que Lord Acton résumait : ‘ ‘Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument’’.
NON, LE POUVOIR NE CHANGE PAS, IL RÉVÈLE
L’autre thèse, plus dure : le pouvoir ne crée pas un nouveau monstre, il enlève le masque. Si tu étais humble, tu resteras humble.
Exemple : Nelson Mandela, 27 ans de prison, devient Président de l’Afrique du Sud en 1994 avec tous les pouvoirs. Il aurait pu se venger, s’enrichir, rester à vie. Il fait l’inverse : il crée la Commission Vérité et Réconciliation, et quitte le pouvoir après un seul mandat. Le pouvoir n’a pas changé Mandela, il a révélé sa grandeur.
Si tu étais avide, tu deviendras vorace.
Exemple : dans une entreprise, un chef de service qui humiliait déjà ses collègues quand il était simple employé, une fois nommé Directeur, devient tyrannique. Le pouvoir ne l’a pas transformé, il lui a juste donné les moyens de faire ce qu’il voulait déjà faire.
Comme disait le philosophe Alain : ‘‘Le pouvoir n’est pas fait pour révéler le caractère, il est fait pour le créer’’ ? Non, c’est l’inverse. Le pouvoir ne te donne pas un nouveau caractère, il te donne l’occasion de ne plus le cacher.
LA VÉRITE EST ENTRE LES DEUX : LE POUVOIR EST UNE EPREUVE
En réalité, le pouvoir ne change pas automatiquement, mais il est un test de caractère avec trois pièges inévitables :
- Le piège de l’ego : on commence à croire que la critique= trahison.
- Le piège de l’argent : les marchés, les rétro-commissions, la tentation est quotidienne.
- Le piège de l’entourage : les ‘‘applaudisseurs professionnels’’ qui t’isolent de la réalité de Bepanda ou de Mokolo.
Celui qui résiste à ces trois pièges ne change pas. Celui qui y cède, change.
Exemple : José Mujica, Président de l’Uruguay (2010-2015). On l’appelait ‘‘le président le plus pauvre du monde’’. Il a continué à vivre dans sa petite ferme, à donner 90% de son salaire aux pauvres. Le pouvoir ne l’a pas changé parce qu’il avait une boussole morale plus forte que le pouvoir lui-même : une idéologie claire et une vie simple assumée.
En conclusion, Non, le pouvoir ne change pas nécessairement ceux qui l’exercent, mais il met à nu et à l’épreuve. Il révèle les faibles et renforce les forts.
Ce qui change l’homme au pouvoir, ce n’est pas le titre, c’est :
- L’absence de contre-pouvoirs
- L’absence de boussole morale
- La durée trop longue au pouvoir.
Un pouvoir contrôlé, limité dans le temps, et surveillé par des citoyens actifs comme ceux que forme AfricTivistes CitizenLab Cameroun, a beaucoup moins de chances de changer celui qui l’exerce.
La vraie question n’est donc pas ‘‘le pouvoir va-t-il me changer ? mais ‘‘qu’ai-je mis en place pour ne pas changer quand j’aurai le pouvoir ?’’
