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Participer suffit-il à être citoyen ?

Dans nos sociétés, on associe spontanément la citoyenneté à la participation : voter, manifester, s’exprimer sur les réseaux, adhérer à une association. À première vue, participer semble être la preuve ultime de la citoyenneté. Pourtant, si participer était suffisant, alors celui qui vote une fois tous les 5 ans serait autant citoyen que celui qui se bat au quotidien pour sa communauté. Alors, participer est-ce suffisant ?

    ‘‘ LA PARTICIPATION’’ COMME LE CŒUR DE LA CITOYENNETÉ

    Dans son premier sens étymologique, citoyen, vient de cité. À Athènes au Ve siècle avant J-C, n’était citoyen que celui qui participait à l’Ecclesia, l’assemblée qui votait les lois. Ne pas participer, c’était être un idiotès, un particulier replié sur lui-même.

    Aujourd’hui encore, la loi va dans ce sens : Être citoyen, c’est exercer ses droits politiques. Voter à la présidentielle au Cameroun, participer au conseil de développement de son quartier, s’inscrire sur les listes électorales, c’est faire acte de citoyenneté. Sans ce geste, la citoyenneté resterait une carte d’identité dans un tiroir.

    Exemple : en 2020, lors des municipales à Douala V, des jeunes du quartier Bepanda se sont organisés pour nettoyer les drains bouchés après que la mairie ait tardé. Ils n’avaient aucun mandat, mais en agissant pour le bien commun, ils ont agi en citoyens. La participation a fait naître la citoyenneté.

    On ne naît pas citoyen, on le devient par l’action.

    ‘ ‘ÊTRE CITOYEN’’ CE N’EST PAS SEULEMENT PARTICIPER

    La citoyenneté, c’est aussi des devoirs et une éthique. Être citoyen, c’est aussi :

    • Respecter la loi même quand personne ne te regarde : ne pas jeter les ordures en route ou sur la voie publique
    • Payer ses impôts
    • Reconnaître l’autre comme égal en droits, peu importes ses origines, ses appartenances et ses croyances
    • Accepter de perdre une élection.

    Quelqu’un qui participe à toutes les marches mais qui refuse de payer ses impôts, qui fraude, qui appelle à la haine tribale sur Facebook, participe, mais trahit l’idée même de citoyenneté. Un individu peut être très actif politiquement et pourtant manqué profondément de civisme. On peut défendre les droits humains et refuser ceux de son voisin qui pense autrement.

    Exemple : pendant le Covid-19, beaucoup ont ‘‘participé’’ au débat en diffusant de fausses informations sur WhatsApp ; ils ont participé au débat public, mais de manière anti-citoyenne, car ils mis la communauté en danger.

    La citoyenneté est aussi un statut juridique, une appartenance, une dignité qui précède la participation.

    La participation rend la citoyenneté visible, mais elle ne garantit pas sa qualité.

    LA VRAIE CITOYENNETÉ : PARTICIPER AVEC CONSCIENCE

    Trois conditions qui transforment la simple participation en vraie citoyenneté :

    • La liberté : le jeune qui participe parce qu’il a choisi, pas parce qu’on l’a acheté ou forcé
    • L’information : le jeune qui participe en ayant cherché à comprendre. Il ne vote pas seulement parce que le candidat est de son village
    • Le souci du bien commun : ma participation vise un ‘‘nous’’ et pas seulement un ‘‘je’’.

    Le vrai citoyen n’est pas celui qui crie le plus fort sur les plateaux télé ou sur Facebook. C’est celui qui, selon la belle formule de l’ancien maire de Dakar Pape Diop, ‘‘se demande chaque matin ce qu’il peut faire pour sa cité, et non ce que sa cité peut faire pour lui’’. La citoyenneté implique donc de comprendre que nous avons une responsabilité dans l’espace que nous partageons. La constitution camerounaise elle-même affirme que la protection de l’environnement est un devoir pour tous.

    Pour dépasser la simple participation, il faut outiller le citoyen. C’est tout le sens de AfricTivistes CitizenLab Cameroun. le Lab montre que participer ne suffit pas, il faut apprendre à participer utilement. Comme le montre CitizenLab Cameroun, être citoyen au Cameroun aujourd’hui, ce n’est plus seulement aller voter, c’est savoir utiliser son téléphone pour signaler un problème, vérifier une info avant de la partager, et proposer une solution avec ses voisins.

    En conclusion, Participer ne suffit pas à être citoyen. On peut participer sans être citoyen, comme un acteur qui joue un rôle sans y croire.

    Mais sans participation, il n’y’a pas non plus de citoyenneté vivante. Une citoyenneté sans participation n’est qu’une carte d’électeur qui prend la poussière.

    Être citoyen commence par des gestes simples : respecter la file d’attente, ne pas dégrader un banc public, s’informer avant de partager, refuser la corruption quand on le peut, aider une personne vulnérable, voter de façon réfléchie.

    Être citoyen, ce n’est donc pas seulement cocher une case, c’est cocher cette case en sachant pourquoi, pour qui, et au nom de quelles valeurs partagées. C’est transformer le geste de participer en engagement responsable.

    Finalement, la bonne question n’est plus seulement ‘ ‘est-ce que je participe ?’’, mais : pourquoi je participe ? pour qui ? qu’est ce que ma participation produit ? suis-je cohérent avec ce que j’exige des autres ?

    Participer est nécessaire, mais pas suffisant. Le véritable citoyen n’est pas seulement celui qui prend part à la société, c’est celui qui prend soin de la société à laquelle il appartient.

    RIMO à MBASSA Davina

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