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Pourquoi les meilleurs élèves ne deviennent pas toujours les leaders ?  

Travaille bien. Sois discipliné. Obtiens de bonnes notes. Réussis tes examens. Et, tôt ou tard, tu seras parmi ceux qui dirigent.

L’école récompense le mérite scolaire, et la société transforme souvent ces récompenses en signes de réussite future. Le « meilleur élève » devient celui dont on attend quelque chose : une carrière brillante, une position importante, une capacité à réussir là où les autres échouent.

Pourtant, quelque chose résiste à cette belle mécanique. Dans les salles de classe, certains élèves qui accumulent les meilleures notes ne deviennent jamais les personnes vers lesquelles les autres se tournent. À l’inverse, ceux dont les bulletins scolaires étaient loin d’être remarquables deviennent parfois des entrepreneurs, des responsables associatifs, des créateurs, des responsables politiques ou simplement des personnes capables de mobiliser autour d’elles.

Il ne s’agit évidemment pas de dire que les bons élèves ne peuvent pas devenir de bons leaders. Ils le deviennent souvent. La question est différente : Pourquoi l’excellence scolaire ne garantit-elle pas l’excellence dans la conduite des autres ?

Peut-être parce que l’école et le leadership ne récompensent pas exactement les mêmes choses.

Dans beaucoup de systèmes scolaires, l’élève performant apprend progressivement à identifier ce qui est attendu de lui. Il comprend la consigne, mémorise, restitue, corrige ses erreurs et il cherche la bonne réponse. Ce modèle a une immense valeur car il apprend la discipline, l’effort, la concentration et la rigueur. Mais diriger une équipe, une organisation ou même un projet collectif pose rarement une question dont la réponse se trouve au bas d’une page.

Le leader se retrouve plutôt devant des situations ambiguës comme deux personnes qui ont raison en même temps, les informations sont incomplètes, les ressources sont insuffisantes, le choix le moins mauvais doit être fait rapidement etc. L’école récompense souvent la capacité à trouver la bonne réponse tandis que leadership exige parfois la capacité à avancer alors qu’aucune réponse n’est clairement la bonne. Cela ne signifie pas que les connaissances ne servent à rien. Au contraire. Un leadership sans compétence finit rapidement en improvisation. Mais la compétence seule ne suffit pas.

Le premier de la classe n’est pas nécessairement celui que les autres suivent. Il existe une distinction importante entre être excellent et être capable d’entraîner les autres. On peut être le meilleur dans une discipline sans savoir expliquer ce que l’on sait. On peut comprendre rapidement sans savoir transmettre. On peut résoudre un problème seul sans savoir construire une solution avec dix personnes. On peut avoir raison et être incapable de convaincre. Et surtout, on peut être brillant sans être capable de créer de la confiance. Or le leadership repose largement sur cette dernière dimension. Les gens ne suivent pas uniquement celui qui sait.

Ils suivent aussi celui qui écoute, qui donne du sens, qui rassure sans mentir, qui assume une décision difficile, qui reconnaît ses erreurs et qui sait faire sentir aux autres qu’ils ont une place dans le projet. Le savoir produit de l’autorité. La confiance produit de l’influence. Les deux ne sont pas interchangeables.

L’école valorise souvent la compétition alors que le leadership exige de savoir construire du collectif. Dans une classe, la réussite est souvent mesurée individuellement (qui a eu la meilleure note ? Qui est arrivé premier ? Qui a obtenu la mention ? Qui a terminé avant les autres ?) Cette logique n’est pas nécessairement mauvaise. Elle permet de reconnaître l’effort individuel. Mais elle peut aussi installer très tôt une conception particulière de la réussite : pour réussir, il faut être meilleur que les autres.

Or un responsable de projet qui cherche constamment à être le plus intelligent de la pièce finit par empêcher les autres de contribuer. Le bon leader n’est pas nécessairement celui qui possède toutes les réponses. C’est souvent celui qui sait identifier les personnes qui possèdent des réponses qu’il n’a pas. Il faut une certaine humilité pour dire : « Je ne sais pas. Qui peut m’aider ? »

Dans un système qui nous a longtemps appris que ne pas savoir était une faiblesse, cette phrase demande parfois plus de courage qu’une démonstration brillante. Certaines qualités décisives ne figurent sur aucun bulletin. Il existe tout un ensemble de compétences que l’école mesure difficilement comme tout simplement savoir écouter quelqu’un qui n’est pas d’accord, comprendre les motivations d’une personne, gérer un conflit, supporter la frustration, prendre une décision impopulaire, parler devant des personnes hostiles, faire travailler ensemble des individus qui ne s’apprécient pas, reconnaître ses propres limites, persuader sans manipuler ou encore rester calme lorsqu’une situation échappe au contrôle.

Ce sont pourtant des compétences centrales dans presque tous les espaces où s’exerce le pouvoir, et elles sont rarement notées sur vingt. On peut obtenir 18/20 en mathématiques et être incapable de gérer une équipe de cinq personnes. On peut avoir 10/20 en philosophie et être celui que tout le monde appelle lorsqu’un conflit éclate. La difficulté vient du fait que la réussite scolaire mesure principalement certaines formes d’intelligence, tandis que la vie sociale en exige plusieurs autres. 

Mais attention au mythe du « mauvais élève devenu génie » Il serait tentant, après avoir posé cette question, de fabriquer l’histoire inverse. 

L’école récompenserait l’obéissance, tandis que les véritables leaders seraient ceux qui refusent les règles. C’est séduisant et aussi largement simpliste. De nombreux grands leaders ont été d’excellents élèves. Beaucoup de personnes brillantes ont également développé leur leadership grâce à une solide formation académique. Inversement, avoir de mauvaises notes ne signifie ni être créatif, ni être courageux, ni avoir un potentiel exceptionnel.

La question consiste donc à reconnaître que la réussite humaine est multidimensionnelle. Le problème commence lorsque nous transformons un indicateur particulier (les notes) en mesure générale de la valeur d’une personne.

Les meilleurs élèves ne deviennent donc pas toujours les leaders parce que le leadership n’est pas la récompense suprême de la réussite scolaire. C’est une autre forme de responsabilité. Et cette responsabilité exige quelque chose que les notes ne peuvent pas mesurer entièrement : du jugement, de l’empathie, du courage, de l’écoute, une capacité à vivre avec l’incertitude et, peut-être plus que tout, la volonté de faire grandir autre chose que soi. Car au fond, le leader le plus utile n’est pas nécessairement celui dont on se souvient comme du meilleur de la classe. C’est parfois celui grâce auquel les autres ont découvert qu’ils pouvaient eux aussi devenir meilleurs.

ELSA ROSE NDJOUN CHEPING

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