· Non classé

Fuir, s’adapter ou transformer : les trois choix de la jeunesse camerounaise

Au Cameroun aujourd’hui, beaucoup de jeunes ont la même question en tête : je pars, je me débrouille ici ou je me bats pour changer les choses ?

Certains veulent partir parce qu’ils sont fatigués de tourner en rond. D’autres restent et cherchent les voies comme ils peuvent. Et il y a ceux qui disent : “On ne va pas seulement subir, on va changer quelque chose.”

Au fond, ce n’est pas juste une histoire de visa, d’Europe, de Canada ou de chômage. La vraie question, c’est : quelle place le Cameroun donne vraiment à ses jeunes ?

Une jeunesse qui cherche sa place

À Douala, Yaoundé, Bafoussam, Bamenda, Garoua ou Bertoua, les jeunes sont partout : à l’université, au marché, sur les motos, dans les petits commerces, les formations, les associations et les réseaux sociaux.

Mais beaucoup avancent avec la pression dans la tête.

Tu finis l’école, tu cherches le travail : rien.

Tu fais les stages : souvent sans salaire.

Tu déposes les dossiers : personne ne rappelle.

Tu veux entreprendre : l’argent manque.

À force, chacun choisit sa route : partir, se débrouiller ou essayer de changer les choses.

Fuir : partir parce qu’on est fatigué

Quand un jeune camerounais dit qu’il veut partir, ce n’est pas forcément parce qu’il n’aime pas son pays. Souvent, il est juste fatigué.

Fatigué de chercher le travail.

Fatigué de dépendre de la famille.

Fatigué de fournir les efforts sans résultat.

Fatigué d’entendre : patiente seulement.

Alors il commence à regarder vers la France, le Canada, l’Allemagne, la Belgique ou ailleurs. Visa étudiant, travail, formation, famille, chacun cherche sa porte de sortie.

Mais partir aussi n’est pas facile. Là-bas, il y a les papiers, le logement, les petits boulots, la solitude, le froid et la pression du pays.

Donc la vraie question n’est pas seulement : pourquoi les jeunes partent ?C’est surtout : qu’est-ce qui les fatigue autant ici ?

S’adapter : se débrouiller comme on peut

Tous les jeunes ne partent pas. Beaucoup restent ici et se battent avec ce qu’ils ont.

Il y a ceux qui vendent en ligne, font la moto, les livraisons, la coiffure, la couture, le graphisme, la cuisine ou les petits commerces. Il y a ceux qui apprennent sur YouTube, lancent une page Facebook ou commencent un business avec 10 000 FCFA.

C’est ça aussi la jeunesse camerounaise : chercher les voies même quand la route est bloquée.

Mais il faut dire la vérité : on ne peut pas demander aux jeunes d’être forts tout le temps. La débrouillardise ne doit pas remplacer les vraies opportunités.

S’adapter, oui. Souffrir toute sa vie en silence, non.

Transformer : refuser de seulement subir

Il y a aussi ce jeune qui regarde son pays et qui dit : « Moi, je ne vais pas seulement me plaindre. Je vais faire ma part. »

Il n’a pas toujours l’argent. Il n’a pas toujours les relations. Parfois même, personne ne l’encourage. Mais il crée une association, lance une campagne, forme d’autres jeunes, parle de citoyenneté, d’environnement, d’éducation, de paix ou de numérique.

Ce jeune-là ne veut pas juste survivre. Il veut compter. Il veut que sa voix serve à quelque chose.

Mais au Cameroun, il faut arrêter d’appeler les jeunes seulement pour remplir les salles, applaudir ou prendre les photos. Il faut les écouter, les mettre dans les vraies décisions et soutenir leurs projets.

Parce qu’un jeune engagé qu’on laisse seul finit par se fatiguer. Et quand ces jeunes-là lâchent, c’est tout le pays qui perd.

Trois chemins, une même réalité

Fuir, s’adapter ou transformer, ce ne sont pas trois camps opposés.

Un jeune peut vouloir partir aujourd’hui, se débrouiller demain, puis revenir construire au pays. Un autre peut rester au Cameroun, galérer, et devenir quelqu’un d’important dans son quartier. Un autre peut vivre dehors et continuer à aider sa famille, son village ou son association.

Le problème, c’est qu’on juge vite.

On critique ceux qui partent.

On oublie ceux qui restent.

On fatigue ceux qui s’engagent.

Pourtant, au fond, tous cherchent la même chose : vivre dignement, être utiles et avoir une vraie chance.

Ce que les jeunes peuvent faire

Les jeunes camerounais ne doivent pas se voir comme des figurants dans leur propre pays.

Ils peuvent se former, s’informer, rejoindre des associations sérieuses, voter quand c’est possible, défendre leurs droits, créer des projets utiles et soutenir d’autres jeunes.

Mais il faut aussi être stratégique. La colère seule ne suffit pas. Se plaindre sur Facebook ou WhatsApp ne change pas tout. Il faut s’organiser, travailler ensemble et poser des actions concrètes sur le terrain.

Le rôle de la société civile et des décideurs

La société civile doit créer des espaces où les jeunes peuvent parler sans peur, proposer des idées et agir.

Les décideurs, eux, doivent arrêter de parler des jeunes seulement le 11 février ou pendant les cérémonies. Il faut des actes : formations utiles, emplois, financements accessibles, accompagnement des projets et vraie place dans les décisions.

Parce qu’un pays qui ne donne pas d’espoir à ses jeunes ne doit pas être surpris de les voir partir.

Pour AfricTivistes Citizen Lab Cameroun, la jeunesse camerounaise n’est pas un problème à gérer. C’est une force qu’il faut écouter, former et laisser agir.

Fuir, s’adapter ou transformer, au fond, ce sont trois réponses à la même fatigue : le besoin de dignité, de justice et d’opportunités.

AfricTivistes Citizen Lab Cameroun choisit de pousser la troisième voie : transformer. Former les jeunes, créer des espaces de parole, utiliser le numérique, informer les citoyens, encourager l’engagement et faire comprendre que chacun peut agir à son niveau.

Parce qu’un Cameroun qui fatigue sa jeunesse prépare sa propre fatigue. Mais un Cameroun qui écoute ses jeunes, les accompagne et leur fait confiance peut vraiment se transformer.

Article rédigé par Diana SOUNA, pour AfricTivistes Citizen Lab Cameroun

Retour a l'actualité