Violences sexuelles : quand l’entourage protège l’agresseur en silence

Les violences sexuelles ne se passent pas toujours en cachette comme on veut souvent nous faire croire. Très souvent, il y a des gens qui savent. Certains ont entendu la victime se confier. D’autres ont vu des signes, des malaises, des comportements bizarres. Mais ils préfèrent fermer les yeux.
Pourquoi ? Parce qu’on veut protéger le nom de la famille, l’image de l’école, de l’église, de l’association, de l’entreprise ou d’une personne importante. On dit : « laisse seulement », « ne gâche pas sa vie », « on va régler ça en famille ».
Mais pendant qu’on protège la réputation des autres, qui protège la victime ?
Le silence n’est jamais innocent
Quand on se tait, la victime se retrouve seule avec sa douleur. Elle commence même à se demander si elle a eu tort de parler. Pendant ce temps, l’agresseur se sent protégé. Il voit que personne ne dit rien, que tout le monde fait comme si de rien n’était. Et demain, il peut recommencer.
Face aux violences sexuelles, l’entourage ne peut plus jouer au spectateur. Il faut écouter, croire, protéger, orienter et agir avant qu’il ne soit trop tard.
Les violences sexuelles, c’est quoi ?
En clair, quand on parle de violences sexuelles, on ne parle pas seulement du viol. On parle de tout acte, tentative ou comportement qui touche à la sexualité d’une personne sans son accord.
Ça peut être quelqu’un qui force, menace, met la pression ou profite de son pouvoir, de son âge, de son argent, de son poste ou de son influence pour obtenir quelque chose de sexuel.
Et même si c’est un proche, un ami, un membre de la famille, un enseignant, un responsable, un collègue ou quelqu’un de respecté, ça reste une violence sexuelle.
Au Cameroun, la loi punit ces actes. L’article 296 du Code pénal prévoit une peine de cinq à dix ans de prison pour le viol. L’article 302-1 punit aussi le harcèlement sexuel, surtout quand une personne utilise son autorité, son poste ou sa position pour demander ou obtenir des faveurs sexuelles.
Ceux qui savent, mais se taisent
Dans beaucoup de cas, il y a des signes : la victime change de comportement, elle a peur d’une personne, elle s’isole, elle devient distante, elle n’est plus à l’aise dans certains endroits.
Parfois, elle trouve le courage de parler. Mais au lieu d’être écoutée, on lui répond : « Tu es sûre ? » « Tu n’exagères pas ? » « Pourquoi tu étais là-bas ? » « Tu veux détruire sa vie ? » « Pense à la famille. »
Ce genre de paroles peut casser la victime encore plus. Si elle parle une première fois et qu’on ne la croit pas, elle peut décider de se taire pour toujours.
Ceux qui minimisent ou protègent
Il y a ceux qui diminuent les faits. Une agression devient « un malentendu ». Le harcèlement devient « une blague ». La pression sexuelle devient « de la drague ». Et parfois même, un viol devient « une histoire qui a mal tourné ».
Après, on accuse la victime : sa tenue, son silence, son heure de sortie, son comportement.
Mais la vraie question, c’est : pourquoi l’agresseur a forcé, insisté, menacé ou profité de sa position ?
Il y a aussi des cas où tout le monde sait, mais personne ne parle parce que l’agresseur est quelqu’un d’important. On protège son nom, sa famille, son poste, l’école, l’église, l’association ou l’entreprise.
Souvent, on met même la pression sur la victime : Pardonne seulement, retire ta plainte, ne gâche pas sa réputation, on va gérer ça en famille.
Ce comportement est dangereux. Il donne à l’agresseur l’impression qu’il peut compter sur son statut, son argent, ses relations ou sa popularité pour s’en sortir.
Ce que l’entourage doit faire
Quand une victime parle, il ne faut pas la juger ni l’interroger comme au tribunal. Il faut l’écouter calmement et la croire.
Au lieu de dire : Pourquoi tu n’as pas crié ? pourquoi tu parles maintenant ? il faut dire : Je te crois. Ce n’est pas ta faute. Tu as le droit d’être protégée. On va chercher de l’aide. Tu n’es pas seule.
Après, il faut l’orienter vers les bonnes personnes : médecin, psychologue, avocat, association, services sociaux, police ou gendarmerie.
Et surtout, il ne faut pas transformer son histoire en sujet de quartier. La victime doit être protégée, pas exposée.
Jeunes, société civile, décideurs : chacun doit agir
Les jeunes doivent arrêter de banaliser les choses graves. Une blague sur le viol, ce n’est pas une blague. Partager l’image intime de quelqu’un sans son accord, ce n’est pas un jeu. Protéger un ami agresseur, ce n’est pas de la loyauté.
La société civile doit informer, sensibiliser, accompagner les victimes et pousser les institutions à agir. Les décideurs doivent renforcer la prévention, améliorer l’accueil des victimes et soutenir les structures qui travaillent sur le terrain.
Pour AfricTivistes Citizen Lab Cameroun, les violences sexuelles ne sont pas des petites histoires à gérer en silence. C’est grave. Ça touche la dignité, la sécurité et la liberté des victimes.
Notre position est simple : quand l’entourage sait mais se tait, quand il minimise, culpabilise la victime ou protège l’agresseur, il devient une partie du problème.
Il ne suffit plus de dire : C’est mauvais. Il faut écouter, croire, protéger, orienter et agir.
La honte ne doit plus être sur la victime. Elle doit être sur l’agresseur et sur tous ceux qui le couvrent.
Article rédigé par Diana SOUNA, pour AfricTivistes Citizen Lab Cameroun.
