Le prix social de la vérité : parler, mais à quel coût ?

Selon le dictionnaire Le Robert, la vérité vient du latin Veritas qui renvoie à une connaissance conforme au réel. Elle s’oppose de ce fait à l’erreur, à l’illusion, à l’ignorance ou encore au mensonge. Nous pourrions continuer d’étaler ce qu’elle est, la vérité, à partir de ce qu’elle n’est pas. Là n’est pas l’objet de notre article. Néanmoins, une clarification de départ s’avérait nécessaire afin que l’on sache de quoi il est question et de quoi nous parlons.
Dans l’espace public, la vérité a souvent fait face à des défis et à un étirement entre les différentes catégories dans la société. Tant elle est perçue parfois comme dérangeante, bousculant le discours établi ou dominant. Aussi, comme libératrice, car mettant à nu ce qu’on a voulu cacher. En elle-même, elle ne peut être sans une subversion et un esprit critique face aux évidences.
Il est clair que dans la lutte des classes, pour reprendre les termes de Karl Marx, il est d’un intérêt pour certaines catégories de détenir le pouvoir de production et de conservation de la vérité, car cela permet de garder l’équilibre social voulu par leur vision. Ces combats pour la vérité et son affirmation pour tous ne sont pas sans conséquences. D’où notre interrogation : parler vrai aujourd’hui, c’est à quel coût ?
Il y a une expression populaire, reprise à titre d’humour pour beaucoup : « la liberté d’expression existe. Mais c’est la liberté après expression qui est problématique. » Cette affirmation traduit bien les enjeux et défis auxquels l’on peut être confronté, à la fois dans la quête de la vérité et dans sa diffusion. D’autres s’en donnent à cœur joie pour reprendre les termes du célèbre philosophe Jankélévitch : « toute vérité n’est pas toujours bonne à dire ».
On peut le constater aujourd’hui, à travers différentes situations, que la vérité a un coût. Et ce coût va, des fois, de la privation des libertés à des sanctions diverses, voire la mort, tant que cette vérité gênerait une catégorie disposant du pouvoir et des moyens nécessaires pour l’étouffer ou empêcher sa diffusion. Le cas de WikiLeaks en est une illustration avec Snowden.
La question, en tant que société, que nous nous devons de nous poser, c’est quels mécanismes nous mettons en place pour garantir la recherche et la diffusion de la vérité, ainsi que la protection de ceux qui dévoilent les situations qu’on voudrait nous empêcher de savoir.
Car une société qui se veut responsable se doit d’abord d’exiger des comptes, car les individus eux-mêmes en sont redevables, et ainsi garantir cette absence de peur pour la vérité. L’uniformisation de la pensée, ou son diktat par une catégorie, n’a jamais fait progresser une société. Les sociétés qui se sont le plus distinguées dans l’histoire furent des sociétés de la diversité, de la pluralité, tournées vers la quête de la vérité pour la justice sociale et non l’imposition d’une perspective comme vérité pour tous.
La véritable question reste donc ouverte :
sommes-nous prêts, collectivement, à assumer le prix de la vérité ?
Par KASSI Roland, pour AfricTivistes CitizenLab Cameroun
